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Titulaire

Formée à la codécision médecin-patient

Alors qu'elle commençait sa pratique médicale en 1990, France Légaré débuta parallèlement une maîtrise en santé communautaire qu'elle termina en 1995. De 2000 à 2005, elle entreprit des études de doctorat qui l'ont conduite à l'obtention d'un doctorat en santé des populations de l'Université d'Ottawa.

Comment amener à des prises de décisions éclairées des patients?

La thèse de doctorat de Dre Légaré a porté sur un sujet plutôt novateur : comment amener les professionnels de la santé à favoriser la prise de décision éclairée des patients?

Mais au-delà du côté éthique de la question — un aspect incontestable — il importe de se demander quel est l'intérêt de vouloir systématiquement impliquer le patient dans le processus de décision menant à sa quête de guérison? N'est-ce pas effectivement le professionnel de la santé qui est le spécialiste, celui qui est censé connaître son métier? Tout le temps nécessaire à expliquer, dans le détail des choses, pour véritablement mettre le patient dans le coup, en vaut-il la peine? Après tout, notre première spéculation serait de penser que cela doublerait ou même triplerait le temps moyen d’un rendez-vous chez le médecin!

Ce n’est certainement pas avec 10 minutes à sa disposition qu’un médecin pourra, en plus de poser un diagnostic, inclure une phase d’explication de tous les enjeux possibles et imaginables, puis de partager la prise de décision quant à la thérapie à privilégier. Dans la réalité, le médecin donne vite sa prescription au patient, sans beaucoup plus, et lui mentionne de revenir le voir si le bobo persiste... Or, si on se donne les moyens de maîtriser le concept, les données de recherche nous indiquent déjà que le processus de décision partagée n’est peut-être pas significativement plus long.

Est-ce que le patient est à l'aise avec la décision? Le respecte-t-on suffisamment en tant qu’individu théoriquement responsable de ce qui le concerne? N’a-t-il pas le droit de savoir pour avoir aussi le droit de décider? « Devant les situations où il y a plusieurs options, les patients ne sont pas stupides », argumente la chercheuse, qui, pendant son doctorat, avait aussi fait un projet de recherche appliquée sur la prise de décision partagée (shared decision-making, SDM). « Quand vous aidez les gens à faire la part des choses concernant une décision à prendre, avec tous les risques et tous les bénéfices possibles associés à chacune des options, ils vont avoir tendance à choisir l'option la plus avantageuse pour leur situation unique et personnelle», poursuit-elle. Ce qui a donc pour conséquence de réduire le choix vers des options comportant des risques plus grands ou ayant des gains potentiels minimes. Ils auront aussi des attentes beaucoup plus réalistes quant aux résultats du traitement choisi.

Mais ce n’est pas tout! Des études réalisées aux États-Unis soutiennent que cette façon de faire pourrait réduire des « variations injustifiées de pratique » clinique sur une base territoriale. Pourquoi observe-t-on, par exemple, des taux d'ablations des amygdales plus élevés sur un territoire que sur un autre alors que rien, médicalement parlant, ne justifie un tel état?

Il y a aussi un autre argument en faveur de la prise de décision partagée qui cette fois a, en plus, l’avantage de relever de l’évidence : « Dans un contexte d'incertitude, cette approche permet de contrer le « regret décisionnel » (...) et éventuellement de réduire les risques d'intentions de poursuivre les thérapeutes si l'état de santé se détériore. « Impliquer le patient dans la prise de décision permet donc de rendre le patient, et le médecin, plus à l'aise face à cette dernière », ajoute la chercheuse.

Ce n’est pas tous les patients qui sont prêts à s’en remettre totalement au médecin. Il faut leur permettre de s’assumer. Et on a moins la tentation d’accuser l’autre, de rejeter la faute sur l’autre qui aurait décidé pour nous si on faisait partie de la décision au départ! Mais faut-il penser appliquer les approches de la SDM à toutes les sauces? Aux grippes et divers rhumes, aux jambes cassées, comme aux traitements contre le cancer ou aux situations qui soulèvent la question de l’acharnement thérapeutique? Au fond, considère-t-on être un « contexte d'incertitude » pertinent dans le domaine de la santé humaine, lui demandons-nous? Car le contexte d’incertitude est plutôt la norme que l’exception lorsqu’on parle de santé humaine!

« Évidemment, c'est une question empirique. Dans mon projet de recherche, j'ai approfondi le sujet et la totalité de mes 13 groupes témoins a répondu, en tête de liste, les thérapies contre le cancer. Ensuite viennent les thérapies impliquant la prise d'antidépresseurs, le niveau de soins, les changements d’habitudes de vie et les tests de dépistage. Donc, on commence à avoir une bonne idée des contextes où c'est plus pertinent », explique France Légaré.
 
Depuis ses premières années d’études universitaires — alors en architecture à l’Université Laval — elle aura donc gardé cet idéal de construire (et reconstruire) des sociétés, même via la médecine! Si un jour elle a rêvé de bâtir de beaux édifices pour le mieux-être des gens et de leurs milieux de vie, maintenant elle s’investit à bâtir, pour les mêmes raisons, une meilleure médecine.

 

Texte adapté de l’entrevue réalisée par Daniel Allard pour ITIS  à Québec le 19 mars 2007.

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